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Maurice Genevoix, homme libre, porteur de mémoire et chasseur.

Le 11 novembre un immense écrivain entre au Panthéon.

Rendu célèbre par ses carnets de guerre écrits dans les tranchées dont il a tiré des récits réalistes et poignants qu’il a regroupés dans un ouvrage célèbre « Ceux de 14 » Maurice Genevoix se fait le porteur de mémoire des milliers de vies fauchées dans ce conflit. « Les souvenirs se lèvent sous chacun de mes pas ».

Il est aussi l’écrivain de la nature que tous connaissent grâce à « La dernière harde » ou « Raboliot ». Romans inspirés par sa vie sur les bords de Loire et la Sologne, endroits qui lui ont permis de soigner ses blessures internes du conflit et d’exprimer son immense amour d’un monde aujourd’hui, hélas, disparu. Certains l’affublent du titre un peu condescendant « d’écrivain régionaliste », comme si le talent et le génie d’un écrivain avaient besoin d’une capitale ou d’exotisme pour s’exprimer.

Les condescendants feraient bien de s’intéresser au portrait que Genevoix fait de son héros Raboliot ; un homme libre qui défend sa liberté. Un thème brulant d’actualité à une époque où tout nous amène doucement vers « Le meilleur des mondes ». D’ailleurs, les chasseurs d’aujourd’hui ne sont-ils pas parmi les derniers rebelles et hommes libres qui refusent un monde aseptisé et morne ?

On a dit de lui qu’il était « une sorte de Montaigne qui promènerait ses pensées non dans la bibliothèque de sa tour mais le long de la rivière ou bien dans la forêt ». L’homme et l’écrivain sont indissociables chez Maurice Genevoix ; tout comme sont indissociables de sa personnalité et de son oeuvre le soldat des Éparges et l’amoureux de la nature. C’est peut-être cette dualité si profondément ancrée en lui qui l’a aidé à si bien traduire les sentiments contradictoires du chasseur qui aime et tue et mélange quête et conquête.

Il est à lire ou à relire et certaines de ses phrases méritent d’être inscrites au fronton de nos vies de chasseurs :

« La chasse n’est rien si elle n’est d’abord poésie. Poésie de la quête, de la poursuite et de l’aventure ; sympathie instinctive et profonde avec la branche porteuse d’indices, l’herbe foulée, l’humus où s’imprime une empreinte ; avec ce qui se cache, se glisse, se dérobe et s’évade, mais laisse flotter derrière soi une odeur, un duvet, un flocon que l’épine accroche et qui demeure tiède au soleil, vivant aux souffles passagers. »

« A les écouter, rien n’est bien et il faudrait chambarder tout : nos vieilles loges, notre façon  de travailler, notre manger et la manière d’élever nos enfants. »

Et je dédie celle-ci, tirée de Raboliot, à tous les sauvaginiers de France actuellement empêchés de pratiquer leur passion : « Braconner n’est pas voler… On est ce qu’on est mais faut la justice. »

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